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Dire ou ne pas dire ? Telle est la question.


« La France doit résister à l’invasion du franglais » déclare Frédéric Vitoux, président de la Commission d’enrichissement de la langue française.

Qui peut prétendre n’avoir jamais mélangé la langue de Molière avec celle de Shakespeare ? Qui peut affirmer n’avoir jamais utilisé des mots tels que business, week-end, challenge, coach ou encore best-seller ? Le langage français actuel est de plus en plus influencé par la langue des affaires : l’anglais. Selon une étude publiée par le Figaro à l’occasion de la semaine de la langue française, 90% des français utiliseraient des anglicismes. Ils sont 48% à le faire de « temps en temps », 31% « très rarement » et 12% « souvent ». Le nombre d’anglicismes croît de manière exponentielle dans le vocabulaire français ce qui explique ces chiffres. Aujourd’hui, ils constituent environ 10% de ce dernier ! Pourquoi ces mots venus d’Outre-Atlantique et d’Outre-Manche, apparus en France dans les années 1950, sont-ils aussi présents dans notre langage courant ?

Le grammairien et lexicographe Jean Maillet a écrit Langue Française, arrêtez le massacre ou encore 100 anglicismes à ne plus jamais utiliser ! C’est tellement mieux en français. Dans ses ouvrages, il dénonce cette utilisation omniprésente. Il l’explique par la paresse linguistique des français qui préfèrent utiliser les mots souvent plus courts empruntés à l’anglais. L’anglophonie compulsive des marques françaises serait également influente à ce sujet. La loi Toubon de 1994 avait pour but de défendre le français dans un environnement publicitaire de plus en plus enclin à utiliser des langues étrangères. Cependant, « il y a encore une espèce de fascination pour l’anglais, plus naturel, plus moderne que le français, plus ancien, plus littéraire » soulignent Benoît Raynert et Arnaud Vanhelle, travaillant tout deux chez Ogilvy & Mather, une agence de publicité. On peut notamment penser à Air France et son « France is in the air », à l’opérateur Bouygues et son « we love technology » ou encore à Nescafe et son « It’s all start with Nescafe ».

Le lexicographe sépare ces anglicismes en deux catégories : « légitimes » et « inutiles ». Les premiers qui sont, selon lui, « excusables » correspondent le plus souvent à des biens « made in USA » comme « scanner » ou encore « drone » et viennent uniquement combler une lacune lexicale. Ils qualifient les seconds de « lexicophages » car « ils viennent manger tout un tas de mots français qui pourraient convenir ». Selon lui, cela dévalue la langue française qui est pourtant si riche. Par exemple, il se demande pourquoi le mot look est largement utilisé alors que la langue propose tenue, apparence, aspect ou encore allure.

Qui ne trouverait pas étrange de dire divulgâcher au lieu de spoiler, frimousse au lieu de smiley, fouineur au lieu de hacker ou encore volley sur sable au lieu de beach volley ? Ces mots sont toutefois les alternatives proposées par la Commission d’enrichissement de la langue française. Sa mission est de favoriser l’utilisation de la langue française notamment dans les domaines économique, juridique, scientifique et technique mais aussi de participer au développement de la francophonie. C’est un héritage de l’édit de Villers-Cotterêts, promulgué en 1539 par François Ier, qui exigeait que la langue française remplace le latin dans les actes officiels. Le Comité travaille selon plusieurs étapes expliquées par Paul de Sinety, délégué général à la langue française. Tout d’abord, 19 groupes d’experts composés de 11 hauts fonctionnaires chargés de la terminologie et de la langue française repèrent les anglicismes qui n’ont pas de traduction française. Ensuite, ils proposent des termes et rédigent des définitions qu’ils transmettent au Comité d’enrichissement de la langue française. Enfin, les termes sont validés par l’Académie française. Comme le dit Paul de Sinety : « tous cherchent la meilleure définition, le terme juste et bien formé, transparent, compréhensible par chacun. » Jean Maillet insiste sur le fait que les mots sont souvent proposés trop tard, après que les français aient fait entrer définitivement les mots dans leur vocabulaire courant. Alors, pensez-vous être prêt à dire « mercatique » au lieu de « marketing » ?

Et dans l’actualité ? Dans le contexte de la pandémie de Coronavirus, un vocabulaire médical spécifique sous forme d’anglicismes se propage. Les plus communs sont « cluster », « coping », « tracking » ou encore "staycation". Les équivalents proposés par la Commission d’enrichissement de la langue française sont respectivement « foyer », « faire-face » ,« géolocalisation » et "vacances à la maison".

Le Saviez-vous ? Aujourd’hui, le vocabulaire français s’enrichit de mots anglais mais il fut une époque où c’était l’inverse ! Entre le XIème et le XVème siècle, l’anglais emprunta une quantité considérable de mots au français. 2/3 du vocabulaire anglais est donc issu du français. Le pourcentage d'emprunts s'élève à 80% pour les mots relatifs à la chevalerie. Cela est dû au fait que les souverains d’Angleterre de la dynastie Plantagenêt d’Henri II d’Angleterre (1133-1189) jusqu’à Henri IV (1367-1413) ont régné sur des provinces françaises. Par exemple « mail » vient de « malle », « fashion » vient de « façon » ou encore « people » de peuple.

Alors, êtes-vous prêt à apprécier votre staycation en lisant un bon best-seller tout en restant à l'affût de nouveaux scoops ?

Article d'Anaïs

Sources :

Le Parisien, "On parle tous franglish", 2016

Slate.fr, "Franglais et anglicismes", 2013 Fast N Curious, "L’anglophonie compulsive des marques françaises",2017 Ministère de la culture, "Coronavirus, les mots pour le dire",2020 Développez.com, article du 19 septembre 2017


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