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Histoire collaborative : l'intrigue se poursuit

Mis à jour : 5 juin 2020

PROLOGUE (Alix)

Je courais. Je détalais, sans plus savoir où j’allais ni ce que je fuyais.Mes jambes filaient si vite que les gouttes de sueur qui perlaient à mon front avaient à peine le temps de couler. Battue par les bourrasques, ma chevelure était assaillie comme le serait un roc par les colères de l’océan. Je ne savais plus après quoi je courrais. Peut-être après la vie, qui entre mes doigts filait. Cette existence qui m’avait volé la seule chose que je désirais. Cette existence qui avait fait d’une pipelette un être muet. Cette existence qui m’avait choisie, choisie pour me faire souffrir. Mon souffle s’emballa comme un moulin à vent usé, me forçant à ralentir la cadence. Le dernier ferry pour Southampton s’éloignait vers le sombre horizon. C’était fini. Mes fantasmes s’évanouirent comme une goutte d’eau dans un feu ardent. J’étais coincée ici pour le confinement.


CHAPITRE 1 (proposé par Armance)

Immobile, je laisse mes paupières se clore. Mes cils se brouillent muettement de larmes. Ils recueillent délicatement les perles salées qui viennent ensuite s’échouer sur mes joues creuses. Je sens l’impuissance de mes muscles sous le poids de ma détresse. Je tiens encore quelques instants sur mes pieds vacillants puis, ankylosée, je m’affaisse lourdement. Je ne cherche pas de banc, je me contente de m’asseoir à même le sol, sur l’asphalte réchauffé par la lourdeur de cet air irrespirable. La rue est déserte mais j’étouffe. Ma vie envahit mes poumons, les emplit de souffrances, si bien que je peine à respirer la liberté. Deux ans que je suffoque de solitude, deux ans qu’elle me poursuit. Fermer les yeux, faire l’aveugle devant les souvenirs, tel est le seul répit octroyé, le seul moyen de ne pas la voir.

Tuuuuuuuut ! Le vrombissement soudain d’un klaxon d’automobile et le crissement aigu de pneus brutalement freinés manquent de m’arracher les tympans. « – Ça va pas, non ?! rugit une voix masculine avec férocité. Vous n’avez pas l’impression d’être en plein milieu de la route ? » J’ouvre péniblement les yeux. Au volant d’une sale voiture dont les phares m’éblouissent, un homme aux traits terribles me scrute avec bestialité. Sans dire un mot mais tout en le fixant, je me dégage de la chaussée et rejoins le trottoir. Il continue à m’observer avec dédain pendant quelques secondes et file enfin. Qu’il me laisse en paix ! Parce qu’il ne sait pas, lui, ce que je vis. Lui, à cette heure-là, il est sûrement en train de rentrer chez lui pour rejoindre sa femme, peut-être ses enfants. Moi, à cette heure, j’erre dans les rues crasseuses, prisonnière, elle toujours à mes trousses. Contrairement à cet homme qui doit avoir une vie tranquille, moi je sais que personne ne m’attend à la maison. D’ailleurs, est-ce que je peux vraiment appeler « maison » un lieu où les souvenirs les plus noirs m’oppressent ? Ça y est. Rien que de penser à la maison, cette maudite vision revient me hanter. Deux ans que je vois en boucle dans ma tête passer ces trois images insignifiantes : une poutre en bois du grenier, une flaque d’eau croupie et les silhouettes floues d’un homme et d’une femme. A l’issue, toujours cette même image, qui me glace le sang : deux yeux noirs perçants, inconnus, qui me fixent et une bouche venimeuse qui murmure sentencieusement mon nom. « Océane… » Comme si j’étais responsable de quelque chose que j’ignore.

Je déambule amèrement dans les ruelles de la ville basse, portée par mes pieds qui se meuvent sans que je leur aie adressé quelque direction. Ils avancent machinalement vers la maison, cette grande bâtisse ignoble qui me répugne. Les pas lourds me rappellent chaque instant que ce lieu est un calvaire… mais je n’ai nulle part d’autre où aller. Je ne peux la quitter si je n’ai d’autre endroit où vivre. Je sais très bien que cette nuit sera encore une nuit où je ne pourrai fermer l’œil. L’angoisse est la pire pathologie. Elle ronge discrètement l’âme pour enfin la réduire à néant. Southampton, ça n’aurait pas été la liberté absolue, certes, parce qu’elle m’aurait inévitablement suivie, mais ça aurait déjà été une première avancée, l’émancipation face aux souvenirs corrosifs de cette maison. Devant le portillon verdâtre, mes jambes cessent leur mouvement cadencé. J’enfonce la clé métallique dans la serrure à moitié rouillée. Je pénètre dans le jardin. Je referme. Deux mètres plus loin, j’ouvre la porte d’entrée. J’entre. Je referme. Toujours les mêmes mouvements de mon poignet. Je suis lasse, épuisée par cette fausse solitude. Quitte à être seule, j’aimerais être vraiment seule. Mais elle me poursuit dans mes moindres mouvements, assoiffée, elle boit mes gestes. La nuit, j’entends les chuchotements aigus qu’elle m’adresse. Elle veut me parler mais je ne comprends pas ce qu’elle dit. Elle me veut du mal. Je veux échapper à quelqu’un dont on ne peut se soustraire : c’est mon ombre que je fuis.


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