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La peur des araignées et des serpents inscrite dans notre ADN ?



Qui n’a jamais été surpris, dégoûté voire paniqué par la présence inopinée d’une grosse araignée ? Pour bon nombre d’entre nous, la simple idée d’imaginer une araignée en train de monter tranquillement sur notre bras nous glace le sang. Je me suis donc toujours demandée pourquoi cet animal minuscule et souvent inoffensif nous fait si peur. D’où vient réellement cet effroi que peuvent nous inspirer les araignées ? La réponse m’a quelque peu surprise puisque j’ai appris que cette « phobie » serait inscrite dans nos gènes !


L’université Uppsalla en Suède ainsi que l’Institut pour le cognitif humain et la Science du cerveau en Allemagne ont décidé de mener des recherches sur le sujet. Leur étude publiée en octobre 2017 dans la revue "Frontiers in Psychology" a été fructueuse puisqu’ils ont réussi à démontrer que cette peur était héréditaire.

Leur expérience est la suivante : Ils ont choisi des nourrissons de six mois, c’est-à-dire suffisamment jeunes pour ne pas avoir encore appris les dangers que représentent des animaux tels que les araignées et les serpents, puis les ont exposés à des images de ces deux animaux entrecoupés d’images de fleurs et de poissons qui étaient toutes de la même couleur et de la même taille. Ils ont remarqué que quand le regard des enfants se posait sur les images de serpents ou d’araignées, leurs pupilles se dilataient significativement plus que pour les autres images. Il s’agit d’un signe qui indique que l’individu est en train de subir un stress interne. Stefanie Hoel est un des principaux auteurs allemands de cette étude et est neuroscientifique à l’institut Max Planck de Leipzig. Elle a notamment expliqué dans un entretien à Science Daily : « Dans des conditions de lumière constante, ce changement de taille des pupilles est un signal important pour l’activation du système noradrénergique dans le cerveau, responsable des réactions de stress. En conséquence, même les bébés les plus jeunes semblent être stressés par ces groupes d’animaux. » D’après les résultats de leur étude, ces scientifiques pensent donc que la dilatation de la pupille traduit un instinct primaire de peur de ces animaux qui serait le fruit de l’évolution. Ce réflexe serait ancré au cours des générations, y compris dans les lieux où les individus sont peu exposés à ces espèces. Ce développement évolutif serait similaire à celui des primates. Ils précisent également que cette peur peut être accentuée par la peur d’une personne de sa famille qui faciliterait ainsi le développement d’un trouble de l’anxiété. Pour Jean-Yves Nogret, professeur agrégé de sciences de la Vie et de la Terre et auteur d’une douzaine d’ouvrages paramédicaux, cette peur serait uniquement due à l’éducation des parents. Il explique en effet qu’il a vu de jeunes enfants jouer avec les araignées, les considérer comme des « objets animés insolites» avant que leurs parents ne les mettent en garde et ne leur transmettent leur propre peur. Il explique également qu’en France, cette crainte est liée à l’urbanisation. En effet, il a constaté que les campagnards sont moins craintifs que les citadins. « En admettant que plus les gens sont éloignés de la nature et plus ils la craignent, il y a de fortes chances que ce phénomène s’accentuera avec la croissance importante des villes. »


Cependant, revenons à nos chercheurs allemands et suédois. Ils ont voulu aller beaucoup plus loin et ont tenté leur expérience avec d’autres animaux considérés comme dangereux tels que des ours ou des rhinocéros. Cependant, la pupille des nourrissons ne se s’est pas dilatée comme avec les araignées et les serpents. Les bébés n’ont donc pas associé ces images à la peur. Les scientifiques expliquent cette non-réaction par le fait que ce sont des animaux qui n’ont jamais vraiment vécu près de l’Homme contrairement aux araignées et aux serpents qui vivent à ses côtés depuis toujours. Ils expliquent également que le même effet s’opère avec les risques modernes comme les couteaux, les seringues ou les prises. En effet, ces objet existent depuis peu longtemps et il n’y a, selon eux, pas encore eu assez de temps pour établir les mécanismes de réaction dans le cerveau depuis la naissance.


Appuyons nous pour finir sur l’étude du docteur John M. Hettema. Je vous omets tous les détails car votre attention en serait quelque peu amoindrie. Il a réussi à trouver, à partir de 173 jumeaux de même sexe, une héritabilité modérée de l’ordre de 35% à 45% montrée par les composants du processus de conditionnement de la peur chez l’homme. Il a donc conclu que « les gènes représentent une source importante de variation individuelle dans l’accoutumance, l’acquisition et l’extinction des peurs et que les effets génétiques spécifiques au conditionnement de la peur sont impliqués ».


Quelques soit les avis sur nos amies les araignées, vous arriverez sans doute à partir de maintenant à contrôler votre crainte car vous avez je l’espère compris que votre cerveau vous joue des tours ! Sources : Interview de Jean-Yves Nogret sur Atlantico

A twin study of the genetics of fear conditioning

Article du Huffpost de Sophie Gallagher

Article de Science et Vie


Anaïs


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