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« Made in Monde »

« Le coronavirus est en train de faire vaciller le mythe déjà chancelant de la mondialisation heureuse. » Philippe Escande La mondialisation s’accompagne, en économie, d’une accélération des échanges commerciaux et financiers à l’échelle mondiale. Elle entraîne également une interdépendance croissante des pays. Même si cette libéralisation des échanges est considérée comme uniquement bénéfique dans sa conception initiale, une inquiétude nouvelle apparaît dans les sociétés contemporaines. Elle est devenue omniprésente sous l’effet de la crise sanitaire et économique engendrée par la pandémie du coronavirus. En effet, cette situation montre les failles d’un système jugé trop interdépendant car elle en est le fruit. Cependant, est-il vraiment possible de tirer un trait sur cette mondialisation qui a permis de stimuler la production et d’accroître les revenus des ménages ? « Personne ne sait faire, seul, un crayon. » Il s’agit des propos de Milton Friedman, économiste américain qui a reçu le prix Nobel d’économie en 1976. A travers sa théorie du crayon jaune, il met en évidence l’interdépendance entre les hommes au sujet de la production dont l’efficacité est, selon lui, garantie par le libre-échange. En effet, aujourd’hui, la majorité des biens sont fruits de la DIPP c’est-à-dire de la décomposition internationale du processus productif. Cela signifie que la fabrication des diverses pièces d’un produit ont lieu dans des pays différents en fonction de leurs avantages comparatifs.

Nous pouvons effectuer un parallèle avec le jean qui est considéré comme un bien « modèle » de la mondialisation. C’est un objet de consommation planétaire. Dans le monde, 70 jeans sont vendus en moyenne chaque seconde ! Mais comment est-il fabriqué ? Sa production, répartie sur quatre continents, nécessite environ 18 composants qui vont converger vers un lieu d’assemblage comme en Tunisie avant d’être acheminé vers les points de vente aux quatre coins du monde. Tout d’abord, il faut du coton, principalement produit en Inde, en Chine, aux Etats-Unis ou encore en Afrique. Pour la toile, il faut de la teinture bleu indigo qui est synthétisée en Allemagne. Le cuivre de Namibie est également utilisé pour les boutons, le zinc d’Australie pour les rivets ou encore la pierre ponce de Turquie pour le délavage. Les fermetures Eclair, elles, viennent du Japon. Le jean parcourt environ 65000 kilomètres avant d’être vendu. On peut donc parler d’un produit « made in Monde ».

La firme américaine Levi’s illustre parfaitement ce passage au « Made in Monde ». Fondée en 1853, elle règne sur son produit et sa fabrication pendant plus d’un siècle aux côtés de ses fournisseurs américains comme les tisseurs Cone Mills, Burlington ou encore Swift Galey. Cependant, à la fin des années 1990, le déclin du jean dans la mode mais surtout la mondialisation croissante de l’industrie textile la pousse à se réinventer. Comme les ventes s’effondrent, elle finit par liquider toutes ses usines américaines et délocalise la production ainsi que les approvisionnements dans des pays à bas coût tel que le Bangladesh. L’Inde, le Brésil, le Pakistan mais surtout la Chine, productrice de près d’un tiers des 3,9 milliards mètres de denim (le tissu principalement utilisé pour la confection des jeans) profitent du mouvement. Les derniers acteurs occidentaux ont donc également décidé de s’allier à des entreprises de ces pays. Par exemple, en 2006, l’espagnol Tavex, actuel fournisseur de Levi’s a fusionné avec le brésilien Santista tandis que le belge Uco a créé une société commune avec le tisseur indien Raymond. En conclusion, la majorité des biens que nous utilisons quotidiennement sont « une addition de multiples savoir-faire et un concentré d’échanges internationaux » (propos de Bertille Bayart). Cependant, il ne faut pas oublier les effets sur l’environnement de cette chaîne de valeurs. Le jean en est l’image mais la prise de conscience collective progresse peu à peu. Levi’s a, dans son cas, lancé un jean écolo en coton bio et finitions à base d’ingrédients végétaux tels que l’amidon de pomme de terre, le savon de Marseille ou encore la fleur de Mimosa. Quant à la « démondialisation » prônée à l’heure du coronavirus,elle est possible à une certaine échelle à travers notamment la relocalisation des entreprises, la consommation des légumes en circuit court ou encore le passage des villes « en transition » afin de construire peu à peu une résilience. Cet avis est partagé par Walden Ballo, altermondialiste, : « La mondialisation a perdu sa promesse ».

Article d'Anaïs

Sources et inspirations : -Article de Bertille Bayart dans le Figaro : « Nagui, le masque, et le crayon de Friedman » -Vidéo youtube « Le tour du monde d’un jean » -Article sur la mondialisation de l’ECIPE (centre européen d’économie politique internationale) -Article de cartolycée.net -Journal Pour l’éco

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