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Maths & créativité : mobilisent-elles chacune un seul hémisphère du cerveau ?

Nous avons la prétention de dire savoir mesurer l’intelligence par un chiffre, le fameux Quotient Intellectuel. Mais le cerveau est un organe qui recèle encore de nombreux mystères, et l’on ne saurait se réduire à parler “d'une” intelligence. Il faudrait plutôt parler “des intelligences”, comme il est proposé dans l’ouvrage du Dr Domitille Gras et d’Emmanuelle Ploix Maes, intitulé 100 idées pour mieux comprendre ce qu’est l’intelligence. Chaque forme d’intelligence fait en réalité entrer en corrélation de nombreuses aires du cerveau. Nous étudierons ici deux exemples : les capacités mathématiques et la créativité. Le cerveau est divisé en deux hémisphères, le gauche (siège du langage et de la logique) et le droit (siège des émotions et du “cerveau artistique”). On pourrait ainsi être tentés d’associer la première compétence à l’hémisphère gauche et la deuxième à l’hémisphère droit. En réalité, ces compétences mobilisent les deux.


Etre bon en mathématiques implique, tout d’abord, une bonne maîtrise du langage (difficile de résoudre un problème dont on ne comprend pas l’énoncé !). Cette discipline fait également appel à la mémoire à long-terme afin de retenir les propriétés accumulées et d’éviter à notre cerveau d’avoir à refaire sans cesse les mêmes opérations (ce n’est pas pour rien que l’on nous fait apprendre les tables de multiplication !). Elle implique également l’efficacité de la mémoire à court-terme pour retenir les informations acquises grâce aux questions précédentes de l’exercice, par exemple. Les compétences analogiques sont également mises à l’épreuve pour calculer des ordres de grandeurs et ainsi repérer des incohérences (que penser d'un volume de baignoire de 3 millimètres cube...). Enfin, l’établissement d’un raisonnement mathématique fait bien appel à notre créativité car il y a parfois plusieurs moyens d’arriver au bout de la démonstration ! Il n’existe donc pas une unique “bosse des maths” à proprement parler, plusieurs fonctions du cerveau étant mobilisées simultanément dans cette compétence.


La créativité consiste, selon les termes de Winnicott dans son ouvrage Jeu et réalité en un “mode créatif de perception, qui donne à l’individu le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue.” Cette compétence peut donc conduire à la création d’un chef-d’oeuvre artistique ou d’une merveille architecturale, mais elle peut aussi tout simplement conduire à "la réalisation d'un plat à la maison" selon les termes de Winnicott ! Ainsi, "vivre de manière créative” permet à l’individu de donner un sens à son existence et de conserver son individualité. Être créatif implique en effet de ne pas se plier à une pensée commune via l’élaboration d’un chemin propre. Tout le cerveau est donc, une fois encore, mobilisé par cette compétence prise au sens large du terme. Notre créativité se fonde tout d’abord sur la formulation d’une pensée différente qui est enrichie par la précision du vocabulaire. Elle s’appuie également sur notre mémoire puisque l'accumulation d’expériences personnelles nous amènent à penser de manière unique, et à effectuer des nouveaux liens ou analogies entre des domaines différents. De plus, l’idée créatrice émerge en plusieurs temps. L’individu concentre d’abord son attention sur le domaine dans lequel il souhaite créer puis, plus tard seulement alors que l’esprit semble “vagabonder”, l’idée apparaît comme sortie de nulle part. Le cerveau d’un individu faisant preuve de créativité mobilise donc de nombreuses fonctions tout en travaillant à la fois de manière consciente et inconsciente.


Les origines du génie créatif restent quant à elles à découvrir. On peut néanmoins s’intéresser aux résultats d'une étude menée aux Etats-Unis dans les années 1960 par le psychologue et chercheur Franck Barron. Il a rassemblé des personnalités de l’époque “à haut potentiel créatif” : des entrepreneurs innovants, des mathématiciens, artistes, architectes, ou encore des écrivains célèbres. En étudiant leurs personnalités, il a observé que la créativité n’était pas le seul fruit du réseau de l’imagination mais de la combinaison de nombreuses capacités faisant appel à tout le cerveau. Cette compétence fait notamment intervenir le réseau des émotions, l’intellect (un haut QI contribuant au potentiel créatif d’un individu) mais aussi la morale et la motivation. La concentration nécessaire à la création fait également appel à certaines fonctions exécutives, dont l’attention. “Les génies créatifs, explique Franck Barron dans son étude, sont à la fois plus instinctifs et plus cultivés, plus destructeurs et plus constructifs, parfois plus fous mais aussi résolument plus sains que les autres personnes.” Ce sont donc ces multiples contradictions qui expliquent la complexité de la personnalité des génies créatifs. Ceux-ci parviennent à jongler entre ces réseaux neuronaux de manière bien plus rapide que la moyenne de la population, permettant ainsi l'émergence d’idées particulièrement novatrices.


L'intelligence présente ainsi de multiples facettes que l'on ne saurait ranger dans des cases en les attribuant à une aire spécifique du cerveau. Les différents réseaux neuronaux fonctionnent ensemble, se complétant parfois d'une manière insoupçonnée. Développer notre imagination en faisant de la peinture à l'huile permettrait donc de développer nos compétences en démonstration… un bon moyen d'échapper à la révision du prochain DST de maths ?


Article d'Alix


Sources :

Gras D. et Ploix Maes E. 100 idées pour mieux comprendre ce qu'est l'intelligence, 2018, Ed Tom Pouce

Winnicott D. Jeu et Réalité, 1971, traduction française 1975, Ed Gallimard

Article du Figaro Madame, basé sur l'étude de Franck Barron : "Vous êtes très créatif, votre cerveau fonctionne vraiment différemment"




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